Pénurie de médicaments : l'hiver 2025 sous tension dans les pharmacies françaises
Selon l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), plus de 3 700 signalements de ruptures ou de risques de rupture ont été recensés entre janvier et octobre 2024, un niveau historiquement élevé. L'hiver 2025 s'annonce comme une période critique pour l'approvisionnement en médicaments courants, touchant aussi bien les traitements pédiatriques que les pathologies chroniques.
Les antibiotiques pédiatriques et l'amoxicilline en première ligne
L'amoxicilline, antibiotique le plus prescrit en France, connaît des tensions d'approvisionnement récurrentes depuis 2022. Les formes destinées aux enfants, notamment les suspensions buvables en flacon, sont particulièrement concernées. Les laboratoires fabricants invoquent des difficultés d'approvisionnement en matières premières et une capacité de production mondiale insuffisante face à la demande.
Face à cette situation, les pharmaciens sont contraints de délivrer des traitements alternatifs, comme l'association amoxicilline-acide clavulanique ou d'autres familles d'antibiotiques. Ces substitutions ne sont pas anodines : elles peuvent entraîner des résistances bactériennes supplémentaires ou des effets indésirables différents chez l'enfant. Les médecins généralistes et pédiatres adaptent leurs prescriptions, en privilégiant des durées de traitement plus courtes lorsque la pathologie le permet.
Les autorités sanitaires recommandent aux patients de ne pas stocker d'antibiotiques et de suivre strictement les prescriptions. Une délivrance à l'unité, expérimentée dans certaines régions, vise à limiter le gaspillage et à répartir plus équitablement les stocks disponibles.
Les corticoïdes et traitements de l'asthme sous surveillance
La prednisone et la prednisolone, corticoïdes oraux prescrits pour les crises d'asthme ou les allergies sévères, figurent également sur la liste des médicaments sous tension. Les formes pédiatriques en solution buvable sont les plus touchées. Les pharmacies hospitalières signalent des difficultés à constituer des stocks de sécurité pour les services d'urgences.
Pour les patients asthmatiques chroniques, les inhalateurs à base de corticoïdes et de bronchodilatateurs de longue durée d'action restent disponibles dans la majorité des cas. Toutefois, certaines références précises, comme les dispositifs avec chambre d'inhalation adaptée aux jeunes enfants, peuvent manquer ponctuellement. Les professionnels de santé conseillent aux patients de vérifier leurs stocks avant l'hiver et de renouveler leurs ordonnances en avance, sans toutefois constituer de réserves excessives qui aggraveraient la pénurie.
Les services de pneumologie observent une hausse des hospitalisations pour exacerbations d'asthme durant les épidémies hivernales. La disponibilité des traitements de fond conditionne directement la prévention de ces crises, ce qui rend la situation d'autant plus préoccupante.
Les antalgiques de palier 1 et 2 : paracétamol et codéine
Le paracétamol, antalgique le plus consommé en France, a connu des épisodes de rupture en 2023, principalement sur les formes effervescentes et les dosages pédiatriques. Pour l'hiver 2025, les tensions persistent sur les gélules et comprimés à libération prolongée. Les laboratoires ont augmenté leurs capacités de production, mais la demande saisonnière, liée aux états grippaux et aux douleurs associées, reste difficile à anticiper.
Les antalgiques de palier 2, contenant du tramadol ou de la codéine, sont également concernés. Ces médicaments, soumis à des règles de prescription strictes, ne peuvent pas être substitués sans avis médical. Les pharmaciens doivent contacter les prescripteurs pour proposer des alternatives, ce qui allonge les délais de délivrance et peut compliquer la prise en charge de la douleur aiguë.
Les autorités recommandent aux patients de privilégier le paracétamol simple sous forme de comprimés classiques, plus disponibles que les formes effervescentes ou à libération prolongée. Les dispositifs de dispensation à l'unité se développent dans les pharmacies pour éviter le gaspillage et mieux répartir les stocks. À consulter également : webxdaynight.com.
Les dispositifs médicaux et les solutions de substitution en tension
Au-delà des médicaments, certains dispositifs médicaux essentiels manquent également. Les stylos injecteurs d'adrénaline pour les allergies sévères, les pompes à insuline et les capteurs de glycémie font l'objet de tensions ponctuelles. Les laboratoires fabricants privilégient les marchés les plus rentables, laissant certains pays européens en situation de dépendance.
Les solutions de substitution se heurtent à des limites pratiques. Les préparations magistrales, réalisées en pharmacie, peuvent remplacer certains médicaments manquants, mais leur coût et leur délai de fabrication ne permettent pas une généralisation. Les importations de médicaments depuis d'autres pays européens, autorisées à titre dérogatoire, ne couvrent qu'une partie des besoins. Les autorités sanitaires ont mis en place un système de déclaration obligatoire des ruptures pour les laboratoires, mais les sanctions financières restent limitées.
Les associations de patients soulignent l'impact concret de ces pénuries : rendez-vous médicaux reportés, traitements interrompus, stress et anxiété pour les familles. Les professionnels de santé appellent à une refonte du système d'achat des médicaments, privilégiant la sécurité d'approvisionnement plutôt que le seul critère du prix le plus bas. La question des stocks stratégiques nationaux, actuellement limités à quelques molécules critiques, fait débat parmi les acteurs du secteur.

